Les aventuriers se reposaient après avoir combattu un petit bataillon de gobelin. Théo s'était défait de son armure le temps de nettoyer le sang des peaux vertes qui avait giclé sur celle-ci. L'archer veillait à la sécurité du groupe du haut d'un arbre.

 

I am the night

Tandis que Grunlek, surveillé par la louve, préparait le repas pour remonter le moral et raviver les forces de ses amis,

Bob, quand à lui, triait les reliques que les peaux vertes portaient sur eux. Il scrutait de son regard bleu les amulettes et les autres objets mystiques que les cadavres de leurs ennemis portaient sur eux. Dans le tas de reliques et de babioles inutiles que portaient les créatures, un pendentif attira l'attention du mage. Il s'agissait d'un cube d'onyx incrusté de plusieurs petits bouts de saphir blanc taillé en rond.

 

Lol nop

Bob réfléchit quelques instants, le dé noir à points blanc était le symbole du Dieu de la chance. Il trouvait cela étrange qu'une espèce si peu évoluée vénère une divinité aussi importante. Il fronça les sourcils et se frotta le menton un moment. Puis soudain il se souvint qu'un de ces professeurs de l'académie des mages lui avait dit qu'un grand malheur frapperait quiconque trouverait une des reliques du Dieu. Il se releva et partit avertir ses amis. Il eut à peine le temps de parler qu'un bruit d'explosion éclata à une trentaine de mètres d'eux.

Théo qui venait de remettre son armure scrutait les arbres de son regard noisette, espérant voir un mouvement bleu se diriger dans leur direction. Il vit le ranger se jeter d'une des branches et se rattraper gracieusement au sol. Il annonça à ses camarades :

-Une sorte de portail s'est ouvert au nord. Je ne sais pas de quoi il s'agit, mais ça a l'air dangereux.

Bob, comme il avait trouvé le pendentif, voulu avertir le reste du groupe, mais ils partirent avant qu'il ne puisse leur faire part du danger qui rôdait autour d'eux. Après peu de temps de course, ils arrivèrent au portail, à la vue de celui-ci, Eden commença à grogner et à sortir les crocs. Le passage semblait se charger d’énergie, cependant les aventuriers ne le remarquèrent pas.

Le portail émit, au bout de quelques instants, une nouvelle déflagration suivie d'une onde de choc. L'énergie libérée produisit du vent. La bourrasque était si violente que les aventuriers eurent du mal à rester debout. Quand le courant d'air s'arrêta, Théo regarda ses camarades du coin de l’œil, en insistant sur le mage. Celui-ci, tout en remettant une mèche rousse derrière son oreille, s'avança vers le portail puis l'examina.

Il s'agissait d'un passage de forme circulaire ancré dans la montagne. L'ouverture était emplie d'une sorte de fumée déployant toutes les teintes entre le jaune et le rouge.

 

hah!

Bob sentait une aura démoniaque se dégager du portail.

Tous le regardaient avec inquiétude. Il se tourna vers ses camarades et annonça :

-C'est un portail démoniaque, il donne un accès directe aux Enfers. Heureusement pour nous, l'inverse ne semble pas possible.

Grunlek demanda :

-Comment en es-tu sûr ?

Le mage soupira tout en lançant nonchalamment son bras en direction du portail :

-J'en ai déjà vu à double sens avant, il ne sont pas de cette couleur. Et je pense que pendant le temps qu'on a mit à venir, même s'il était court, des démons des diables et des damnés seraient sortis et auraient commencé à ravager la région.

Théo demanda :

-Comment est-ce que l'on peut le refermer. Il doit bien y avoir un moyen non ?

Bob soupira de nouveau tout en regardant le portail. Il répondit ensuite :

-Ces portails apparaissent uniquement lorsque des diables souhaitent s'approprier une âme.

Un vieux souvenir ressurgit dans l'esprit de l'inquisiteur. Il datait de quelques années déjà, mais il s'en rappelait comme si cela c'était produit la veille. Lors d'une de leurs aventures ils avaient fait connaissance du père biologique du demi diable.

 

No thenoch alowed

Celui-ci avait exprimé, lors d'une courte conversation, la volonté de récupérer l'âme de l'inquisiteur et d'assouvir son corps.

Théo demanda, pour confirmé sa stratégie :

-Si on ne donne pas l'âme que le diable réclame, que se passe-t'il ?

Bob répondit tout en regardant des volutes de fumée orangées sortir de l'ouverture dans la montagne :

-Le portail va continuer à grossir, jusqu'à trouver et absorber l'âme qu'il cherche... même si cela signifie détruire tout Cratère.

Il s'arrêta quelques secondes puis rajouta :

-Mais cela n'est jamais allé aussi loin, les portails se placent en général à proximité de l'âme souhaitée.

L'inquisiteur dit un pas en avant. Il annonça, l'air grave :

-J'ai un plan.

Tous se retournèrent vers lui. Bob remarqua une lueur étrange dans ses yeux. Il comprit en quelques instants ce que le paladin voulait faire. Le demi-diable se campa devant son ami et lui dit calmement :

-Ne fais pas ça.

L'inquisiteur fut surpris de la réaction du mage et du ton de voix bien plus grave que d'ordinaire qu'il avait pris. Bob répéta, avec plus de violence cette fois-ci :

-Ne fais pas ça !

-Et si je n'agis pas, qui d'autre le fera ?

Demanda durement Théo. Shin et Grunlek prirent conscience juste à cet instant du débat qui avait lieu entre les deux amis. L'archer manifesta son point de vue :

-Théo... Bob à raison de réagir comme ça. Si tu passes le portail et que ce n'est pas toi qu'il recherche, tu te seras sacrifié inutilement.

-Shin a raison, renchérit le mage, d'autant plus que si tu pénètres aux Enfers, tu ne pourras plus jamais en sortir.

Théo perçut un léger tremblement dans la voix et sur la lèvre inférieure de Bob. Il savait que, quoiqu'il décidait, il y aurait de lourdes conséquences, mais il avait tourné et retourné le problème dans tout les sens et avait conclu que sa solution, si elle marchait, serait celle qui causerait le moins de pertes.

Bob comprenait la position du paladin et il aurait fait de même si son âme semi démoniaque avait été recherchée. Mais il devait l'en empêcher, il ne voulait pas le perdre, pas une fois encore, plus jamais. Il mit les mains sur le torse armuré du paladin. Il lui déclara, énervé :

-Je te signale qu'on t'a déjà perdu une fois, par notre faute, tu es déjà allé je ne sais ou, sans notre négligence tu ne serais pas tombé dans je ne sais quel endroit, tu n'aurais pas été possédé par la mort ou quelque soit son nom et à cause de cette négligence, Viktor n'est plus parmi nous.

Il s'arrêta quelques secondes pour essayer de se calmer, mais il ne réussit pas, c'était même pire, il continua, en hurlant cette fois-ci :

- Ne serait-ce que pour la négligence que nous avons commise il y a des mois, laisse nous t'empêcher de faire cette énorme erreur.

Théo, une fois que le mage eu fini, pris sa voix la plus menaçante possible pour dire :

-Tu pense que vous êtes les fautifs de ce qu'il s'est passé à la cité des merveilles ? Tu penses réellement que, par votre faute Viktor à succombé ? Non, c'était son choix et c'était le mien également. Ce n'est pas une « erreur » que de vouloir sauver l'endroit où l'on habite, les gens que l'on aime et avec qui on cohabite depuis des années !

Une nouvelle décharge d'énergie se fit ressentir. Après cela, le portail gagna deux mètres de largeur, un de hauteur et cinquante centimètres d'épaisseur, il ressortait maintenant nettement de la montagne. Bob, qui durant la bourrasque s'était retenu à la cape du paladin, pleurait. Il voulait pas, non, il ne pouvait pas perdre son ami. Ce dernier souffla, froidement :

-Je dois y aller.

Il pris les épaules du mage et commença à le pousser sur le côté. Mais Bob se défit de l'emprise du paladin, se plaça de nouveau devant lui et hurla, tout en frappant la plaque de métal qui recouvrait le torse de Théo:

-Ne fais pas ça ! N'y pense même pas ! Tu entends ! N'y pense même pas ! Si tu pars, si tu ne reviens pas, qu'est-ce qu'on va faire sans toi ?! Qu'est-ce que JE vais faire sans toi ?!

Il continua à taper encore et encore, tel un enfant capricieux. Au bout d'un moment, il arrêta, laissa ses poings fermés contre la plaque de métal froide. Il pleurait. Du sang coulait de la peau de ses mains qui avait éclatée tant il avait frappé fort.

Les autres regardèrent la scène avec tristesse, ils se sentaient impuissants. Théo ne répondit rien. Il poussa simplement le mage sur le côté alors qu'il continuait de pleurer. Bob rajouta, la voix brisée par le chagrin :

-Et puis, pense à ta promesse ! Qu'est-ce que je fais moi si « il » se réveille ?!

L'inquisiteur fit quelques pas en direction du portail.

-Tu fais en sorte qu'« il » ne se réveille pas.

 

Théo qui verse une larme

Répondit sèchement Théo tout en laissant couler une larme sur sa joue. Bob tenta de l'attraper par le bras et de l'arrêter, mais il fut stoppé par la main mécanique de Grunlek qui venait de lui saisir l'avant bras. Le mage tenta de se débattre mais il était trop faible comparé à la mécanique du bras du golem. Il se débattait mais il ne réussit même pas à faire glisser son bras de quelques centimètres. Il cria alors, espérant que cela pouvait raisonner son ami :

-Si tu penses acquérir une quelconque forme de de gloire ou d'héroïsme par la mort, sache que tu as tort, c'est en vivant que tu pourras l'avoir, cette gloire.

Théo serra la mâchoire « C'est pour toi que je le fais imbécile, pour que ton père te laisse en paix, alors arrête, arrête de vouloir m'en empêcher ! » pensa le paladin. Il versa une autre larme alors qu'il se trouvait à deux mètres du portail. Il fit deux pas de plus en direction du portail avant de s'arrêter tandis que Bob lui criait de rester. Il se débattait tellement que Grunlek dû utiliser son autre bras et appeler Shinddah en renfort. Bob hurlait à s'en faire saigner les cordes vocales. Il le suppliait de ne pas partir et se débattait autant qu'il le pouvait.

Théo regarda la courte distance qui le séparait du portail. Il se trouvait à un pas. Un pas de la mort, un pas de l'enfer, un pas de la solitude éternelle. Des volutes de fumée orangée qui se trouvaient dans le portail commençaient à l'envelopper. Il se tourna pour, une dernière fois, voir ses amis. Il regarda le visage à moitié caché de l'archer. Ses yeux était au bord des larmes mais, le connaissant, les dites larmes ne couleraient pas à flot, comme elles le faisaient déjà sur le visage du nain sur qui le regard de l'inquisiteur se posa ensuite.

 

Grun QUI PLEUREShin UI PLEURE

Puis enfin, il s'arrêta sur le visage pâle du mage, se plongea quelques instants dans le regard bleu et suppliant de celui-ci.

 

Bob

Il prit le temps de graver leur images dans son esprit avant de se retourner et de complètement se faire envelopper par la fumée.

Bob, une fois que le paladin eu passé le portail et que celui-ci fut refermé, tomba à genoux et baissa la tête alors que Shin et Grunlek l'avaient lâché.

 

Ohhh shit

Le mage se sentait coupable. S'ils n'avaient jamais rencontré son père, ce dernier n'aurait jamais voulu l'âme de l'inquisiteur, et ils n'en serait pas là où ils en sont.Grunlek, qui séchait ses dernières larmes, voulut réconforter le demi-diable qui semblait encore secoué par de violents sanglots. Le nain s'approcha et posa une main consolatrice sur l'épaule du fils de diable. Celui-ci tourna lentement sa tête en direction du nain qui lui assura :

-Tout va aller pour le mieux maintenant, on va finir ce qu'on a commencé, ensemble. On va ramener les codex et on le ramènera, je te le jure.

Grunlek regarda le visage du mage et il remarqua qu'il n'était pas comme à son habitude. En effet ses yeux étaient rouges sang.

 

Oeil bob

Il laissa sa figure se faire déformer par un rictus de folie. Il fut accompagné par un rire.

Théo marchait sur le sol qu'il avait espéré ne jamais fouler. Bien qu'il sentait une présence obscure autour de lui, il était intrigué par l'apparence de l'endroit. On lui avait toujours décrit les Enfers comme un endroit sombre et qui dégageait une chaleur et une odeur de souffre constantes. Mais le monde dans lequel il se trouvait ne ressemblait pas à ses images de chaleur, de suffocation, d'humidité et d'obscurité qu'il avait en tête. Non, le monde dans lequel il se trouvait était une grande plaine gelée. La grande étendue de glace dégageait une température tellement basse que l'inquisiteur avait l'impression que des centaines peut-être des milliers d'aiguilles lui transperçaient la peau. Il regarda les alentours, il n'y avait pas une âme, même perdue, qui rôdait dans cette immensité glaciale.

 

Wait what

Il marcha ce qu'il lui sembla être des jours, des semaines, des mois, et il ne trouva personne. Il trouva, au bout d'un long moment, une crevasse dans laquelle il s'abrita alors qu'une tempête se levait. Il s'enveloppa dans sa cape alors que le vent le mordait malgré son abri de fortune. Il rapprocha ses genoux de son torse et mit la tête contre celui-ci pour garder la chaleur.

Il releva la tête alors qu'il entendait des bruits très proches de lui, trop proches à son goût d’ailleurs. Il aperçut un feu, sa première idée fut que le pyro-mage l'avait rejoint après son départ car le portail ne s'était pas refermé. Il leva les yeux et aperçu un bouc noir et un manteau bleu bordé de fourrure.

Enoch et feu